Comme vous le savez, l’association Faîte et Racines a pour objet de préserver un patrimoine forestier vivant et diversifié. On s’applique à le faire dans nos forêts, bien sûr, par nos sorties régulières, nos observations, nos petits chantiers sylvicoles et nos ateliers d’échange de savoirs et de savoir faire.
Mais il existe un enjeu énorme à ce que les bonnes pratiques sylvicoles se répandent au-delà de nos parcelles. Comment faire ? En montrant des exemples vertueux, en cherchant des solutions économiques qui respectent l’humain et la forêt, en coopérant et en s’entre-aidant avec des propriétaires forestiers engagées dans des objectifs similaires aux nôtres,…
C’est précisément ce dernier point qui a occupé le groupe « Gestion » de Faîte et Racines ce dimanche 12 avril.
Le groupe « Gestion », c’est quoi ? me demandez vous.
Eh bien c’est le groupe de travail qui rassemble celles et ceux qui mettent en place une activité artisanale dans les forêts de l’association et au-delà, qui tentent de construire une épicerie locale du bois, qui construisent des scenarii pour gérer les forêts de l’association, etc.


Ce 12 avril, donc, nous allons à la rencontre de Raphaëlle, propriétaire forestière en Corrèze, pour découvrir son activité et imaginer une coopération autour de sa forêt. Raphaëlle est éleveuse d’ovins et de bovins. Autour de ses pâturages, elle a des forêts. Ce sont un mélange de bois feuillus et de plantations résineuses impressionnantes, les plus âgées d’entre elles ont près d’un siècle !
Pour les agriculteurs et agricultrices, l’entretien de ce type de parcelles implique souvent de mettre un pied dans les bois ! Et donc de faire un pont entre le monde de l’agriculture et celui de la forêt !
Après une tempête ou un coup de vent, on est assurés de trouver des arbres dans les pâturages ou sur les clôtures.
Et puis sous nos climats, les espaces ouverts ont naturellement tendance à se refermer, malgré le passage des ruminants. Il faut donc intervenir pour maintenir les prairies, leur flore et leur faune.



Pour entretenir ces espaces agricoles, il faut bien s’équiper. Suite à la tempête de 1999 qui a ravagé le massif forestier, Raphaëlle a acquis une remorque forestière, qui s’attelle à son tracteur. Le grappin hydraulique permet de déplacer des grumes (morceaux de troncs).

Raphaëlle a plusieurs usages du bois. Premièrement, le bois d’œuvre. Par chance, une petite scierie implantée tout proche accepte de faire du sciage à façon, c’est à dire à scier le bois ramené par des propriétaires. Nombre de ses beaux feuillus ont donc fini en matériaux pour la construction ou l’aménagement intérieur.


Deuxièmement, le chauffage. Mais il ne faut pas lui parler de bois bûche ! Elle a installé une chaudière à plaquette. Au cours de l’entretien de ses forêts, ses chemins et ses prés, elle accumule du bois sans grande valeur, destiné à être broyé pour produire de la plaquette forestière, c’est à dire des gros copeaux de bois.


Quelques mois de stockage, et le tour est joué, les « déchets » issus de l’entretien des prairies deviennent une source d’énergie !
La plaquette peut aussi servir de litière dans une étable, ce qui permet d’économiser l’achat de paille dans un territoire qui n’est pas producteur de blé. Mais ce n’est pas le cas ici, car les vaches rustiques de Raphaëlle sont dehors toute l’année. Un modèle d’élevage extensif mûrement réfléchi pour être le plus économique possible en machines et carburant !
Et le groupe « gestion », il se met aux vaches ?
Non, mais Raphaëlle nous propose de venir réaliser une éclaircie dans une parcelle de douglas chez elle. Pour nous, ce sera l’occasion de nous former à l’utilisation de sa remorque forestière, prémisse d’une mutualisation durable de matériel forestier ? Pour sa forêt, l’éclaircie fera place aux nombreux jeunes arbres qui attendent leur heure à l’ombre des anciens !

Merci à Raphaëlle pour ce beau partenariat prometteur. Rendez vous est pris avec les membres de Faîte et Racines pour un petit marquage préalable à l’éclaircie en fin d’été 2026 !